Vocalement Vôtre

Vous les entendez, et si vous les écoutiez ?

Philippe Peythieu

Voici aujourd’hui l’interview de Philippe Peythieu ! Si vous l’avez tous entendu en tant que Homer Simpson, il est aussi la voix française de Danny DeVito (après son rôle du Pingouin dans Batman : Le Défi, il a d’ailleurs assuré le doublage du personnage dans toutes ses apparitions, télévisuelles comme vidéoludiques), Stephen Rea, et bien d’autres ! Il a aussi dirigé le doublage de la série 24h Chrono.

– Tout d’abord, qu’est-ce qui vous a poussé vers la comédie ?

Je suis arrivé un peu tard dans le métier de comédien, vers 25, 26 ans. Pour passer le Conservatoire, à l’époque, c’était déjà trop tard, puisque la limite d’âge était de 23 ans. J’ai en fait commencé par faire beaucoup de théâtre de rue, j’ai fait de la fanfare, j’ai craché le feu, etc. Un peu de commedia dell’arte, de travail sur le clown. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’ouvrir avec des amis une librairie-cabaret, nous avons donc pu créer des spectacles. C’était dans les années 1970, il se passait pas mal de choses sur le plan culturel, on a donc pu bénéficier de cette vague porteuse. Comme en même temps j’étais professeur pour l’Education Nationale, cela me laissait beaucoup de temps pour mes loisirs, comme le théâtre ! J’avais dix-neuf heures de cours par semaine. Puis j’ai fini par me dire que je n’allais tout de même pas être toute ma vie mi-prof, mi-comédien, j’ai donc sauté le pas. J’ai alors repris des études de théâtre, une maîtrise de Théatre à la fac. J’ai eu très vite l’occasion de travailler dans des troupes, et de faire beaucoup de théâtre public. Je faisais deux ou trois spectacles par an.
Puis en 1984, le doublage est arrivé. J’ai pu bénéficier du premier stage de doublage qui était ouvert aux comédiens professionnels. Ensuite, j’ai fait moins de théâtre, puisque c’est le doublage qui m’a le plus occupé, comme cela marchait bien pour moi.

– On peut dire ça !

Et puis, il y a eu le casting des Simpsons en 1989, donc tout s’est enchainé très vite. Aujourd’hui, je fais peu de théâtre, puisque le doublage me retient sur Paris, partir en province est assez compliqué.

– Et, en 1984, avec quoi avez-vous commencé le doublage ?

J’avais commencé par faire de petites choses, sur des films de Woody Allen par exemple, comme La Rose Pourpre. Mon premier vrai cachet de doublage, c’était pour The Hit, de Stephen Frears, j’avais dû faire un petit truc dedans, je ne me souviens plus ! Puis il y avait beaucoup de séries à doubler, comme la 5 venait de naître. C’était la chaîne-paillettes de Berlusconi, qui avait été autorisée en France par Mitterrand. Comme elle avait besoin d’images, elle achetait beaucoup de programmes américains. Il fallait doubler toutes ces séries en urgence, et j’ai eu la chance de bénéficier de cette demande de comédiens. Il y a eu des séries sur lesquelles j’ai commencé par faire des ambiances, puis on m’a confié des rôles un petit peu plus importants, et de fil en aiguille, j’ai fini par faire des essais sur Alan Alda, dans la série M*A*S*H, et j’ai enquillé presque 250 épisodes ! Il y a eu Shérif, fais-moi peur !, où je doublais le Shérif « Clétus » La Loi de Los Angeles, avec Corbin Bernsen, que je continue à doubler, puisque je vais le retrouver cet après-midi pour la série Psych. Après, il y a eu la rencontre avec Danny DeVito sur Batman Returns, que je double maintenant tout le temps, et notamment ces temps-ci sur la série Philadelphia. Il y a d’autres comédiens que je suis, comme par exemple Stephen Rea.

– Oui, il jouait dans V for Vendetta, par exemple.

Oui, voilà, par exemple. Et, ce qui est amusant, c’est qu’aujourd’hui, je double Dan Castellaneta, la voix américaine de Homer Simpson. Comme il joue en live, je suis sa voix française.

– Vous ont-ils pris d’office pour le doubler ?

Oui, il n’y a pas eu d’essais.

– Et, Danny DeVito dans Batman, ou Voldemort dans le premier Harry Potter, peut-on dire que ce sont les Simpsons qui vous ont amené à les doubler ?

Et bien, oui et non, disons aussi que j’ai une voix que je peux facilement moduler. On la reconnait, mais moins que pour d’autres comédiens. Je peux assez facilement me « déplacer » entre ce que je fais sur Homer, sur Stephen Rea ou Corbin Bersen. Je n’ai pas une voix très » marquée, » comme par exemple celle de Patrick Poivey, qui double Bruce Willis, que l’on peut reconnaître entre toutes !

– Vous êtes aussi directeur artistique sur 24 Heures Chrono, dirigez-vous d’autres séries ?

Oui, cela m’arrive, mais 24H représente énormément de travail. Mais il m’arrive de diriger des téléfilms, des films, ou des dessins animés. Là, par exemple, je vais diriger Captain Biceps, une création française. J’ai aussi dirigé Hamtaro, les petits hamsters.

– A quoi ressemble la journée type d’un directeur artistique ?

Eh bien, on est de 9h30 à 19h30 en studio, voire plus, pour le cas de 24, avec les comédiens que l’on a « casté », si je puis dire. Cela veut dire qu’en amont, on a déjà préparé le plan de travail, le casting, donc. Mais, les journées d’enregistrement sont plus « cools », parce que l’on est avec les comédiens que l’on a choisis, et c’est un travail passionnant ! C’est accaparant parce que l’on n’a pas le droit à l’erreur, et l’on doit être constamment sur le coup. Ce sont de grosses journées, alors qu’en tant que comédien, on a juste à jouer, j’irai jusqu’à dire que c’est presque une récréation ! Être directeur artistique est plus lourd, car l’on a beaucoup plus de responsabilités, notamment par rapport à la chaîne TV ainsi qu’à la maison de production pour lesquelles on travaille. C’est plus compliqué.

– Regardez-vous les films ou séries sur lesquelles vous travaillez ?

De temps en temps, cela m’arrive, mais pas trop. Je n’ai pas vraiment le temps. Pour les Simpsons, par exemple, lorsque cela passe sur W9, c’est vrai qu’on se laisse surprendre, on regarde un peu ! Après une journée de travail dessus, on oublie très vite ce que l’on a fait, ce qu’il y a dans l’épisode. Et puis, il y a eu plus de 440 épisodes, donc on ne peut pas se souvenir de tout !

– Vingt saisons, c’est énorme !

Oui, on va d’ailleurs commencer la vingtième saison mardi ! Mais quand on tombe sur un film à la télévision sur lequel on a travaillé… Disons que l’on n’aime pas trop s’entendre !

– J’ai aussi vu que quelques fois, avec Véronique, vous aviez travaillé sur les mêmes séries ou films. Par exemple, Terminator 2, où elle doublait Linda Hamilton, et vous le père adoptif de John Connor, ou le dessin-animé de Batman (1993), c’est une coïncidence ?

Oui, c’est vraiment une coïncidence, parce qu’à part pour les Simpsons, on travaille rarement ensemble. Si, pour la série Psych, aussi ! Mais même là, il est rare que l’on se croise sur le plateau, car nous ne sommes pas convoqués aux mêmes horaires. Nous travaillons vraiment rarement ensemble.

– Venons-en aux fameux Simpsons ! Vous rappelez-vous comment s’étaient déroulés les essais, en 1989 ?

J’avais fait deux séries d’essais. Le premier coup, on m’avait demandé de prendre une voix plus âgée. Le personnage d’Homer était très mal dessiné, ce n’était encore qu’une esquisse. On voyait un type avec un gros bide et deux cheveux, c’était plus l’image d’un grand-père qu’autre chose. Donc ma voix était plus proche de ce que je fais sur le grand-père. Comme à ce moment-là nous n’avions pas beaucoup d’informations sur le personnage – nous ne savions pas s’il avait des enfants, quel âge il avait – il avait vraiment l’air d’un grand-père. Tous ces essais-là ont été refusés, puis quand la production américaine est venue en France pour finaliser le casting, on a eu plus d’informations. Nous avons vu Maggie et sa tétine, nous avons su sa tranche d’âge, son métier. A partir de là, j’ai fait un essai avec ma voix normale, puis on m’a demandé de faire les fameux « Dtoh ! ». Apparemment, ça leur a plu, car ils m’ont en fait faire toute une gamme ! Des « Dtohs » de tendresse, d’amour, d’horreur, etc ! C’en est resté là, puis six mois plus tard, j’ai appris que j’avais été choisi.
Sur les premières saisons, je n’avais pas tant de travail que ça, puisque les épisodes étaient surtout axés sur Bart. C’est vers la quatrième saison que les choses ont changé. Matt Groening en avait décidé ainsi, à cause de la levée de boucliers des associations familiales et religieuses américaines, qui ne voulaient surtout pas que les enfants américains s’identifient à Bart. C’est à partir de là qu’Homer est devenu le personnage principal et un peu moins intelligent qu’il ne l’était au début. C’est vraiment à partir de là que j’ai commencé à m’amuser.

– Et pour en revenir à la voix d’Homer, on entend sa voix évoluer tout au long des quatre premières saisons. Cela s’est-il fait tout seul, ou avez-vous volontairement essayé de faire autre chose ?

C’est moi, à cause de l’évolution du personnage qui devenait de plus en plus drôle. Et puis, quand le grand-père était présent, il me fallait différencier les deux voix. Je pense que c’est le Grand Père qui m’a amené à vraiment rajeunir la voix de Homer.

– Une saison des Simpsons représente combien de temps de travail ?

Dix à quinze jours, étalés sur quatre mois. Il y a finalement peu de décalage avec les Etats-Unis, donc il suffit d’attendre que tout soit adapté, mis en place, etc.

– Un ami qui réside au Québec m’avait demandé de vous poser une question : avez-vous eu l’occasion d’écouter la version québécoise des Simpsons ?

Oui, j’ai trouvé ça très marrant ! On sent que les comédiens s’amusent, et ça a beaucoup de succès là-bas, d’ailleurs ! Les voix des parents sont un peu plus âgées, et les voix des enfants sont très bien trouvées. C’est la version allemande que je ne trouve pas très drôle. J’ai eu l’occasion de l’entendre une fois, et c’était assez effroyable !

J’avais eu l’occasion de voir un seul épisode en québécois que je comprenais à peu près… Mais à l’arrivée du père de Milhouse… Disons que l’accent québécois, ajouté à l’accent belge… !
J’avais lu dans une autre interview que vos enfants regardaient les Simpsons, est-ce vous qui leur avez fait découvrir ?

J’ai une fille qui a 26 ans maintenant, elle a baigné dedans ! Durant son adolescence, elle a un peu décroché, mais elle est de nouveau plongée dans la série. Ce sont surtout les jeunes de cette génération qui comprennent un maximum de choses. Notre fille de 15 ans, elle, y est allergique !

– J’ai déjà lu votre réponse pour cette question, mais à l’époque, la série ne comptait que 14 saisons, je vais donc vous la reposer : quels sont vos épisodes favoris ?

J’aime bien l’épisode où Homer passe dans la troisième dimension ! Un autre que j’adore, c’est celui où Homer mange un piment hallucinogène, où l’on peut voir toutes ses interrogations par rapport à Dieu.

– La méthode de travail a-t-elle différé entre le film et la série ?

Non, car c’est Christian Dura, notre directeur artistique sur la série, qui a dirigé le film. On y a passé plus de temps, c’est sûr. Puis on ne travaillait pas sur une copie définitive, donc nous pouvions voir les modifications. Par moments, on n’avait que les dialogues, pas les images. Mais c’est de plus en plus courant au cinéma.

– Il y a eu des jeux-vidéos estampillés Simpsons, aussi, comment cela se passe-t-il ?

On ne s’amuse pas sur une jeu-vidéo. On travaille tout seul, dans sa petite cabine, et on enregistre des fichiers à longueur de journée. C’est assez épuisant, et on n’a pas du tout l’impression de faire son travail de comédien. Parfois, on ne fait qu’enregistrer des cris… C’est ingrat ! On enregistre sans connaître la situation, le contexte… Mais bon, cela reste du travail !

– Une question statistique maintenant… Savez-vous à combien d’interviews et de conventions vous prenez part chaque année ?

Pas du tout non, mais depuis le succès du film, on est beaucoup sollicité. W9, la semaine dernière, nous étions à un salon… C’est vrai qu’il y en a beaucoup ! Il y a aussi beaucoup plus de rencontres avec le public. Les gens sont curieux, et veulent mettre un visage sur une voix.

– Et qu’auriez-vous à répondre aux personnes qui prétendent que les comédiens de doublage ne sont pas de vrais comédiens, et qu’ils ne font que s’asseoir et lire un texte ?

Que tout d’abord, nous travaillons debout ! Puis que c’est un travail fatiguant. Lorsque nous rentrons le soir, il arrive que nous n’ayons plus de voix, nous sommes morts !

– Véronique doit se casser la voix, sur Marge !

Elle descend de deux octaves, à la fin de la journée !
Il faut être très attentif, on ne peut pas se permettre d’être enrhumé par exemple sinon on doit annuler les enregistrements… C’est un vrai travail de comédien et de sportif aussi ! On ne peut pas faire les choses à moitié, ou à l’économie, sinon ça ne fonctionnerait pas !

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